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10 mars 2012 : Vatican II - 2ème rencontre de secteur : reportage

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Le livret intitulé "Concile Vatican II : une boussole pour notre temps" proposé par notre évêque pour le Carême 2012 a déjà fait et continue de faire l’objet de nombreuses rencontres dans les paroisses de notre secteur. Faisant suite à la conférence donnée par Mgr Gilson le 19 novembre dernier, le Père Christian Marandet, responsable de notre secteur pastoral, avait invité, dans les locaux du Collège Saint-Spire, les chrétiens qui le désiraient à une rencontre-débat sur le sujet. Une quarantaine de personnes ont répondu à son appel et, en présence de nombreux prêtres du secteur, ont pu faire part de leur "vécu de l’après-Concile", de leurs remarques et de leurs interrogations, dans une ambiance à la fois studieuse et très chaleureuse.

Après avoir chanté, écouté la Parole de Dieu et prié ensemble, le Père Christian nous a accueillis par ces mots :

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Ouverture de la rencontre

Le 19 novembre dernier, Mgr Gilson nous a en quelque-sorte préparés à entrer dans la célébration du cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II ; il a ouvert notre réflexion guidée par le livret de notre évêque : "Le Concile Vatican II, boussole pour notre temps". Cette expression "boussole pour notre temps" révèle l’actualité de ce Concile dont la réception n’est pas achevée, à une époque où ce même Concile commence à être relativisé.

Mgr Gilson a vécu tout le Concile, non comme évêque mais comme collaborateur du jeune et nouvel archevêque de Paris ; il fut témoin de l’enthousiasme et de l’espérance suscités par ce Concile. Il fut également témoin du travail réalisé durant le Concile, de la lente élaboration de certains textes et non des moindres ; tout cela à cause des tendances diverses, de dysfonctionnements, qui se sont manifestés très tôt, durant la phase préparatoire à ce Concile que personne ou presque n’attendait. En 1958, après le pontificat mouvementé de Pie XII, le conclave lui donne comme successeur Jean XXIII, un pape dit de "transition" qui allait permettre quelques années de tranquillité. Il n’en fut rien. Trois mois après son élection, Jean XXIII annonce la convocation d’un Concile oecuménique qu’il ouvre le 11 octobre 1962. Jusque là, les conciles avaient pour but de "remettre les pendules à l’heure", définissant ou précisant telle donnée de la foi, ou réagissant face au schisme ou à l’hérésie. Jean XXIII veut un autre genre de concile ; il le dit dans son discours inaugural : "Le point le plus important n’est pas la discussion de tel ou tel article fondamental de la foi, en répétant abondamment ce que les Pères de l’Eglise et les théologiens anciens et modernes ont déjà dit. Cette doctrine, nous pouvons considérer que nul ne l’ignore et qu’elle est gravée dans notre esprit. S’il s’était agi uniquement de discussions de cette sorte, il n’aurait pas été besoin de réunir un Concile.... Autre est le contenu de la véritable doctrine et autre est la forme sous laquelle est est énoncée. Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler, patiemment s’il le faut, à son élaboration, en examinant tout dans le cadre et avec les moyens d’un enseignement à caractère surtout pastoral".

Ce terme "pastoral" est d’une grande importance. Relativement peu employé auparavant dans le langage de l’Eglise, il va connaître un très grand essor à partir et à la suite du Concile Vatican II. En 1962, on en n’est plus au temps de Vatican I, célébré un siècle avant, inachevé à cause de la guerre franco-allemande et encore moins au temps du Concile de Trente. Ces deux derniers conciles ont été des conciles de réaction ; réaction face au protestantisme et réaction face à un monde considéré comme le lieu du péché et qui commençait sérieusement à prendre ses distances par rapport à l’Eglise. Jean XXIII et son successeur Paul VI ont eu conscience de ces changements intervenus dans le monde et les sociétés occidentales en particulier. Après deux conflits mondiaux et leurs conséquences géopolitiques, notamment en Europe de l’Est, au moment où les peuples colonisés accèdent petit à petit à l’indépendance, au moment où l’humanité dispose d’une arme qui peut l’anéantir rapidement, l’Eglise ne pouvait rester dans l’indifférence.

A l’intérieur même de l’Eglise, des évolutions se sont produites à travers la mise en place de l’action catholique, la prise de conscience d’une certaine déchristianisation, notamment dans les banlieues ouvrières des grandes agglomérations ; les premiers essais d’oecuménisme et un important travail de théologiens, la plupart interdits d’enseignement, sur l’Eglise, sa nature et sa mission ; sur la place des laïcs : en 1953, le Père Congar, dominicain, publie un ouvrage qui fera sensation : "Jalons pour une théologie du laïcat". Trois ans auparavant le Père Caffarel, jésuite, avait lancé le mouvement des équipes Notre-Dame. Tout cela n’est qu’un bref résumé. Il fallait donc un Concile qui ait comme but l’annonce de l’Evangile dans un monde sécularisé et en perpétuelle évolution. Peu de temps avant son décès, en 1963, Jean XXIII dit à un de ses familiers : "Si l’Eglise a des ennemis, elle n’est l’ennemie de personne !" Je ne crois pas que les prédécesseurs de Jean XXIII auraient eu l’audace d’en dire autant. Voilà en quelque-sorte l’état d’esprit dans lequel Jean XXIII voulait que soit célébré ce second Concile du Vatican.

L’Eglise en effet n’est l’ennemie de personne ; elle ne va plus se définir comme une société monarchique, mais comme "Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de l’Esprit-Saint" ; pour ce faire, elle opère une sorte de retour aux sources de sa foi. Elle se redécouvre missionnaire et ainsi sa vision du monde change. Elle ne veut plus s’opposer au monde mais entrer en dialogue avec lui, en étant, dans ce monde, signe (sacrement) de la présence et de l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ. Ce même dialogue, l’Eglise en prend l’initiative avec les autres confessions chrétiennes et les religions non-chrétiennes, ce dont nous sommes témoins aujourd’hui.

Les évêques réunis en Concile vont affirmer ou réaffirmer la mission de tous les membres de l’Eglise et en particulier celle des laïcs, mission fondée sur le baptême et les sacrements de l’initiation chrétienne. Mission des laïcs dans le monde et dans l’Eglise elle-même ; au début des années soixante, ce qu’on appelle aujourd’hui les "jeunes Eglises" avaient déjà, en ce domaine, une certaine expérience. Un des grands théologiens d’aujourd’hui commente ce rôle incontournable des laïcs en parlant de "vocation universelle à la sainteté".

Ces brefs rappels montrent les raisons de tous les changements et évolutions survenus dans l’Eglise à la suite du Concile Vatican II ; affirmation de la "collégialité épiscopale", mise en place de nouvelles congrégations romaines, création du synode des évêques et des conférences épiscopales ; au niveau diocésain, création du conseil presbytéral et plus tard du conseil diocésain de pastorale ; au niveau paroissial, le développement de ce qu’on appelle aujourd’hui les équipes animatrices et les secteurs pastoraux.

Nous avons la chance d’appartenir à un diocèse jeune dont la brève histoire est un témoignage de l’expérience, ecclésiale et spirituelle, voulue par le Concile. Celui-ci continue d’être "boussole pour notre temps" et j’ajoute sans hésiter, pour les temps qui viennent. Cet anniversaire de l’ouverture de ce Concile nous convie à un approfondissement et aussi à une certaine évaluation. L’oeuvre de Vatican II est-elle achevée ? Non et heureusement non ! Pour reprendre ce que nous disait, en novembre dernier Mgr Gilson : "Le Concile Vatican II, c’est la contemplation du Christ", cette contemplation ne pourra s’achever qu’à la fin des temps. La route est encore longue pour que tous les membres du Peuple de Dieu soient imprégnés de ce qu’a souhaité le Concile Vatican II.

Sept groupes se sont ensuite formés, pour échanger leurs idées et leurs souhaits. Voici quelques points forts évoqués en synthèse par les participants :

- Les bienfaits du Concile :

  • La découverte du compromis, nécessaire pour mener à bien des discussions opposant des points de vue radicalement différents, a été une véritable révélation de même que l’idée, très nouvelle, de célébrer dans toutes les langues illustre bien, désormais, le message universel de l’Eglise.
  • La place faite aux laïcs a révélé pleinement la vocation de tous (prêtres et laïcs) au service de l’Eglise, tous appelés à la sainteté par le baptême.
  • L’accès à la Parole, proclamée à chaque eucharistie, commentée par le célébrant, fut d’une grande audace, remplaçant subitement le catéchisme de l’Eglise catholique en vigueur depuis le Concile de Trente et qui servait d’intermédiaire entre la Bible et les chrétiens.
  • Le Renouveau Charismatique, considéré par tous comme une véritable chance pour notre Eglise.
  • L’ouverture au monde, la reconnaissance et le dialogue avec les autres religions. A ce propos, la phrase de Jean "Il y a plusieurs demeures dans la maison de Dieu" interroge beaucoup. En fait, ne faudrait-il pas se demander "sur quel service de l’Homme peut-on s’entendre ?" Car bien des services sont communs : la paix, le respect des personnes... chaque religion peut être la demeure de Dieu. Rappelons-nous la phrase : "Qui n’est pas contre nous est pour nous." Mc 9,40  : tout homme de bonne volonté peut être la demeure de Dieu, même s’il n’est pas chrétien.

- Des questions restent et se posent toujours à propos de :

  • La place des laïcs et l’équilibre à trouver entre laïcs et prêtres (un exemple concret parmi d’autres : est-ce bien la place des laïcs de célébrer des funérailles ?). Pour les laïcs, le pape, les évêques et les prêtres sont une référence sur laquelle ils ont toujours de désir de s’appuyer.
  • La visibilité et l’accessibilité des prêtres, trop souvent insuffisantes ;
  • La recherche d’universalité de Vatican II n’est pas encore très bien acceptée par tous et a des conséquences néfastes, comme la perte du sens du sacré (dans l’attitude, notamment).
  • La lenteur avec laquelle l’Eglise évolue face aux défis actuels (divorce, homosexualité, mariage des prêtres, etc...)
  • La déchristianisation, qui est perçue (certes, à tort) comme une conséquence directe du Concile.

- L’outil de réflexion proposé par notre évêque :

  • Ce livret comporte souvent des questions complexes, difficiles à comprendre pour beaucoup et l’absence de réponse est un peu frustrant !

Merci à tous pour ces échanges qui nous confortent dans notre vocation de prêtres, prophètes et rois !... et dernier petit conseil (du Père Alphonse) : on lira avec profit "Vatican II raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu", de Daniel Moulinet, paru aux éditions de l’atelier, Paris 2012, 110 pages, au prix de 12 € !

Voici pour finir quelques photos de cette matinée très appréciée des participants !